Ils croyaient simplement tuer le temps.
Ils allaient devenir les héros de leur propre histoire.
À Loon Village, les plus jeunes apprennent très tôt à se débrouiller seuls. Non pas parce qu’on les y oblige, mais parce que les choses sont ainsi. Les adultes sont souvent absents sans que l'on s’en étonne vraiment ; les journées s’étirent, et chacun comble les vides comme il peut. Alors, quand arrivent enfin les grandes vacances, cette liberté prend une saveur toute particulière, promesse d'une succession de souvenirs mémorables, au rythme des dérailleurs et du souffle fatigué des cassettes audio usées. Des amitiés se forgent tandis que l'on explore les environs des journées entières, portés par la silhouette familière des arbres séculaires et le bourdonnement tranquille des insectes. Les routes ne mènent nulle part, sinon à d’autres routes, d’autres champs, et à cette impression que le monde entier peut bien attendre, cependant que la communauté paraît figée dans une tranquillité familière, bercée par les échos lointains d’une Guerre froide qu'il est préférable de taire plutôt que d'expliquer.