À Loon Village, les enfants apprennent très tôt à se débrouiller seuls. Non pas parce qu’on les y oblige, mais parce que les choses sont ainsi. Les adultes sont régulièrement absents sans qu’on s’en étonne vraiment, les journées s’étirent, et ils comblent les vides comme ils le peuvent. Alors, quand arrivent enfin les grandes vacances, cette liberté prend une saveur toute particulière.
Très vite, nos trois camarades ne se sont plus quittés, explorant les environs des journées entières, portés par l’ombre familière des arbres et le bourdonnement tranquille des insectes. Rien d’important ou qui ne sorte de l’ordinaire, d’autant qu’ils étaient persuadés, avec cette certitude tranquille propre à l’enfance, que les lendemains seraient pareils à aujourd’hui, presque identiques, à peine différents.
Du reste, c'était effectivement le cas, si bien que les routes menaient nulle part, sinon à d’autres routes, d’autres champs, et à cette impression tenace que le monde pouvait attendre ... Jusqu’au jour où la nouvelle est tombée, telle ces ombres qui s’allongent au coucher du soleil et qu’il est impossible d’ignorer, et l’insouciance a aussitôt laissé la place à un sentiment singulier, comme un triste retour à la réalité : Linda Brooks a disparu !
Mais alors que la petite communauté s’enfonce dans une peur qui ne dit pas son nom, ils savent au fond d’eux que la jeune fille n’a pas disparu, mais qu'elle a découvert quelque chose tapi au cœur de la forêt - quelque chose que nul n’est censé voir, et que c’est à leur tour de s’aventurer là où la clarté du jour ne descend jamais tout à fait et où, certains soirs d'été, flottent derrière les troncs entremêlés d’étranges lumières mortes ...