À Loon Village, les enfants apprennent très tôt à se débrouiller seuls. Non pas parce qu’on les y oblige, mais parce que les choses sont ainsi. Les adultes sont souvent absents sans que l'on s’en étonne vraiment, les journées s’étirent, et chacun comble les vides comme il peut. Alors, quand arrivent enfin les grandes vacances, cette liberté prend une saveur toute particulière, promesse d'une interminable succession de moments partagés entre amis.
Profitant de ce nouvel espace de liberté, chacun explore les environs des après-midi entières, portés par la silhouette familière des arbres séculaires et le bourdonnement tranquille des insectes. Rien d’important ou qui ne sorte de l’ordinaire, d’autant que la communauté toute entière paraît figée dans une tranquillité familière, bercée par les échos lointains d’une guerre froide qu'il est préférable de taire plutôt que d'expliquer.
Du reste, c’est effectivement le cas, si bien que les routes ne mènent nulle part, sinon à d’autres routes, d’autres champs, et à cette impression tenace que le monde peut bien attendre ... Puis tout bascule, cependant qu'une sombre nouvelle se répand, pareille à ces ombres qui s’allongent au coucher du soleil et qu’il est impossible d’ignorer, et l’insouciance cède brutalement la place à un sentiment singulier, comme un douloureux retour à la réalité : Linda Brooks a disparu !
Mais alors que la petite bourgade s'enfonce progressivement dans une angoisse contenue, une vérité plus dérangeante encore s’impose aux filles et garçons les plus perspicaces : la jeune adolescente n'a été ni enlevée, ni victime d'un tragique accident. Elle a découvert quelque chose que nul n’est censé voir et qui ne l’a pas laissée repartir. Quelque chose qui observe en silence, tapi au plus profond de la forêt, là où certains soirs d’été flottent derrière les troncs entremêlés d’étranges lumières mortes ...