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LOON VILLAGE

						

La Loon Village Middle School :

 

Un imposant bâtiment des années 50 à l’allure massive et sévère, en briques fatiguées, avec de grandes rangées de fenêtres identiques et jaunies par le temps, une large cour asphaltée et un imposant terrain de sport. À l'intérieur se succèdent de longs couloirs austères baignés d'une lumière froide, aux murs pâlis qui sentent la craie et l’humidité et aux radiateurs en fonte qui claquent doucement en hiver. On y perçoit un mélange de discipline et de vie quotidienne : brouhaha, sonnerie métallique et salles de classe remplies de pupitres marqués par des générations d’élèves. Le lieu regroupe les enfants de moins de 6 ans (Kindergarten et grades de 1 à 5, soit environ 220 élèves) jusqu’à leur entrée au Lycée (Elementary School - 110 élèves). L'enseignement secondaire est en effet divisé en deux cycles : la Middle School s'adresse aux 12-14 ans (grades 6 à 8), et laisse ensuite la place à la High School, qui s'adresse aux 14-18 ans (grades 9 à 12 - 140 élèves). Cette dernière est basée à Old Town, si bien que les étudiants s’y rendent grâce à un dispositif de ramassage scolaire efficace et fiable, exception faite de certaines crues hivernales qui coupent parfois la communauté du reste du monde pendant plusieurs jours.

 

La bibliothèque municipale :

 

Un bâtiment discret le long de la Sunkhaze Meadows, presque anonyme, sous la responsabilité de Margaret ANDREW, la mère du jeune Mark. On y trouve divers ouvrages, romans ou recueils de nouvelles, essentiellement d’auteurs américains plus ou moins récents, mais aussi des BD, des magazines et des revues sur la chasse, la pêche ou la cueillette de plantes et autres champignons, l’observation des oiseaux … et des journaux d’actualités, dont les plus anciens relatent des faits divers oubliés. Chaque emprunt est consigné sur une carte glissée dans la couverture de l’ouvrage concerné, avec les dates de retour inscrites au crayon à papier. En cherchant bien, il est très certainement possible de mettre la main sur des livres plus ou moins récents à propos des légendes et des mythes fantastiques de la région.

 

L’église méthodiste :

 

Blanche et coiffée d'un clocher effilé, cette petite église rurale typique se dresse fièrement à mi-chemin entre le Drugstore et l’unique école de la ville. Bien qu'elle ait été entièrement rénovée dans les années 1920 après un incendie dévastateur dont les causes mystérieuses n’ont jamais pu être établies, son bois semble aujourd'hui bien plus neuf que son âge réel. Le sanctuaire est désormais sous la responsabilité du révérend Erwin MILLER, un sexagénaire à l’allure austère et récemment installé à Loon Village. Véritable incarnation de la rigueur, l'homme ne transige sur rien, et ses sermons dominicaux s'avèrent souvent sévères et inflexibles. Il agit avec la profonde conviction d'être le bon berger indispensable pour guider les brebis en péril de sa communauté.

 

L’ancien cimetière municipale Saint-Abraham :

 

Du nom du mont Abraham, une montagne de 1 230 mètres (4 050 pieds) située dans le comté de Franklin, dans le Maine, c’est la partie abandonnée de l'ancien cimetière municipal, depuis déplacé à Old Town. Des dizaines de pierres tombales du XIXe siècle, inclinées et mangées de lichens, sont érigées là ; certaines plus anciennes, d’avant la guerre de Sécession, d’autres sans nom. On y trouve même un mystérieux mausolée, scellé et verrouillé depuis 1931, qui n’apparait dans aucun registre officiel. Les anciens prétendent que des lumières se déplacent silencieusement entre les stèles lors des hivers les plus rudes.

 

Le Drugstore :

 

Avec sa façade modeste et son enseigne un peu passée, l'unique Drugstore de Loon Village fournit toute la population locale, ainsi que les touristes de passage, en matériel de bricolage, de chasse et de pêche, mais aussi en vêtements, médicaments en vente libre et divers articles alimentaires de première nécessité. C'est ainsi qu'on y trouve aussi bien des boîtes de conserve que des bottes en caoutchouc, des appâts pour la pêche, des lampes-tempête ou encore des produits ménagers. Comme dans beaucoup de petites villes, le lieu fait un peu office de commerce polyvalent : on y passe pour acheter quelque chose, mais aussi pour échanger des nouvelles. La propriétaire et gérante, Samantha LANGMAN, fait partie des personnalités locales les plus appréciées. Le magasin fait face à l’unique école de la ville et jouxte une petite place anonyme que tout le monde appelle "place du drugstore".

 

Le garage / station-service Gulf Oil :

 

Situé à l’extrémité sud-ouest du centre-ville, c'est un bâtiment bas, rectangulaire, en béton blanc, avec trois larges portes coulissantes qui donnent directement sur la rue et des pompes à essence. Une enseigne indique la présence d'une station de lavage. L’actuel propriétaire n’est autre que Thomas ANDREW, le père de Mark. À l’intérieur, l’odeur d’huile et d’essence se mêle au bruit d’une radio diffusant du rock ou de la country, tandis que des outils usés, des calendriers publicitaires et des affiches de voitures tapissent les murs. Devant le garage, quelques berlines attendent patiemment leur tour, témoignant d’un lieu autant social que fonctionnel.

 

Le Moody’s :

 

Un modeste diner situé près de la bibliothèque, ouvert de 6 heures du matin à 22 heures, et qui offre à ses clients des repas typiquement américains, du breakfast au lunch. Le patron, Robert BURKE, est un intarissable bavard qui accueille ses clients comme s’ils étaient des amis (et c’est souvent le cas), tandis que son épouse Nelly BURKE veille, telle une sentinelle, à ce que personne ne manque de rien, y compris de son épouvantable café. Aux heures de pointe, c’est-à-dire le matin de bonne heure, une ou deux serveuses viennent leur prêter main-forte. La plupart du temps, il s’agit de jeunes gens désireux de se faire un petit pécule, souvent pour financer leur première voiture. Mais il arrive que leur fille aînée, la jeune et folie Kelly BURKE, les rejoignent. Dans un coin de la salle, un vieux juke-box fait la joie des amateurs de musique ... pour peu qu’on ait les mêmes goûts que les propriétaires !

 

Maple Ridge :

 

Depuis quelques années, certaines habitations de Pine Crest Drive et Hawthorne Court se vendent plus vite qu’avant. Des familles arrivent de Boston, du Connecticut ou parfois même de New York, souvent à l’approche du printemps, entre les mois de mars et mai. Les nouveaux venus sont pour la plupart des cadres dont les voitures récentes contrastent un peu avec les pickups et les breaks des habitants de longue date, qui résident plutôt sur Maple Ridge Road et Birch Lane. Les anciens du quartier observent toutes ces arrivées (mais aussi les départs qui se succèdent généralement au bout de trois ou quatre ans) avec une curiosité tranquille. Il faut dire que les nouveaux voisins plantent des haies, rénovent les vérandas, parlent d’écoles privées à Old Town, et installent parfois une antenne satellite encore inhabituelle sur le toit. Pourtant, le samedi matin, tout le monde finit par se croiser au drugstore ou au terrain de sport de l’école municipale, où les enfants, qu’ils soient là depuis des générations ou arrivés la veille, portent tous le même maillot aux couleurs de la ville.

 

Le Loon's motel :

 

Un établissement familial situé au sud du centre-ville de la petite bourgade, en direction de l’ancienne voie de chemin de fer aujourd’hui abandonnée. Le bâtiment, bas et allongé, forme un U autour d’un petit parking où s’alignent une dizaine de places. L’enseigne lumineuse grésille parfois la nuit mais reste visible de loin sur la route départementale. Il appartient à Harold BARRON et don épouse Margaret BARRON, un couple discret installé dans la région depuis trois générations. Harold, ancien mécanicien, s’occupe lui-même de la plupart des réparations, de la plomberie capricieuse aux climatiseurs muraux vieillissants. On le voit souvent traîner sa boîte à outils derrière le bâtiment ou bricoler sous le porche, en dessous des chambres. Margaret gère la réception et tient les comptes dans un grand registre relié de cuir posé derrière le comptoir. Elle accueille les clients avec une politesse mesurée, pose peu de questions et semble posséder une mémoire remarquable des visages de passage. Les habitués disent qu’elle peut se souvenir d’un client venu une seule fois plusieurs années auparavant. Leur nièce, Clara BARRON (21 ans), étudiante à Old Town, assure les permanences d’été. Elle s’occupe des arrivées tardives, répond au téléphone et donne volontiers des indications aux voyageurs égarés. Sa présence apporte un peu d’animation pendant la saison touristique. Enfin, deux employées locales, Sophia DIAZ (19 ans) et Charlotte RIVERA (23 ans), s’occupent du ménage des chambres. On les croise parfois tôt le matin, poussant leur chariot le long de la galerie extérieure. Connues pour leur efficacité et leur silence, elles travaillent rapidement et parlent peu, même avec les clients.

 

La salle communale :

 

Une construction en bois simple, peinte en blanc et gris clair, avec un toit à deux pentes couvertes de bardeaux sombre, entretenu par la communauté pour servir à la fois de lieu administratif et de centre social pour les habitants. La peinture est un peu écaillée, les chaises grincent, mais le lieu représente le cœur civique du village. Lorsqu’elle n’est pas utilisée pour la politique locale, la salle sert à toute la vie communautaire ; lieu de projection pour les films scolaires et les réunions de jeunesse, réunions de clubs locaux, fêtes nationales ou de fin d’année ...

 

Le local du service municipal :

 

Accolé à la salle communale, mais clairement plus modeste, se trouve un petit bâtiment utilitaire. Une construction basse en bois brut et en tôle peinte, avec une large porte double permettant de rentrer du matériel. Son rôle est purement pratique : il sert de remise pour l’unique employé municipal, Harold B. WHITMAN. À l’intérieur, l’espace est encombré mais parfaitement organisé, avec des étagères métalliques sur lesquelles sont rangés des pots de peinture, des sacs de sel de déneigement et divers outils. Des râteaux, pelles et balais sont suspendus à des crochets au pied d’une tondeuse à gazon autoportée et d’une petite souffleuse à neige. Une vieille odeur de bois humide, d’huile mécanique et de poussière flotte dans l’air. Le mur du fond comporte un petit établi couvert de pièces détachées, de vis dans des bocaux en verre et d’outils usés. Un poêle à mazout permet de se réchauffer lors des hivers rudes.

 

La rivière souterraine Coldwater :

 

Sombre, lente, très froide même l’été, elle traverse Loon Village après avoir jailli d’une large ouverture creusée dans le flanc du relief qui domine la commune, traversée par l’unique pont routier de granit capable de supporter le passage de véhicules motorisés et une robuste passerelle en bois qui mène à l’ancien cimetière municipale. Certains printemps qui suivent des hivers particulièrement rudes, des crues liées à la fonte des neiges, conjuguées à des précipitations importantes, provoquent la submersion des berges. Mais depuis quatre ans environ (1979), elle se tarie progressivement à l'approche de l'été, pour laisser la place à un modeste ruisseau ; un phénomène spectaculaire et encore inexpliqué que les habitants se gardent bien d’évoquer, de peur d’attirer les scientifiques et autres "experts" de tout le pays …

 

L’ancienne voie ferrée :

 

Ancienne voie ferrée en ballast, cette ligne oubliée s'élance depuis Old Town, contourne les lisières sud de Loon Village et s'étire jusqu'aux terres ancestrales de la tribu des Passamaquoddy. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, elle vibrait au rythme incessant des convois, transportant voyageurs et marchandises au cœur de la région. Mais à partir de 1909, le trafic a progressivement décliné pour finalement s'éteindre. Pourtant, si les rails ont survécu au temps, certains esprits semblent y avoir également élu domicile. Aujourd'hui transformée en un sentier sinueux qui s'enfonce sous la canopée des bois alentour, la vieille voie n'est pas tout à fait déserte : il n'est pas rare, au détour d'un fourré, d'y entendre des bruits étranges et de sourds échos métalliques s'élever du silence, comme surgis du néant ...

 

Les sentiers pédestres :

 

Si les sentiers de Loon Village figurent bien sur les cartes officielles, on les devine plutôt qu’on ne les voit, fines cicatrices brunâtres qui s’enfoncent dans les forêts alentours. Ils serpentent entre les érables et les pins blancs, longent des murets de pierre écroulés, traversent des clairières où l’herbe pousse trop haute, comme si personne n’osait la couper. On dit qu’ils mènent jusqu’à Old Town, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest, si l’on suit bien les marques effacées sur les troncs — deux bandes de peinture parallèles, bleue et blanche, souvent presque invisibles. Cinquante kilomètres, ce n’est rien sur une carte. Mais dans ces bois, la distance se dilate, les sons s’y déforment. Un craquement peut être un écureuil, ou tout autre chose. Le vent s’y lève sans prévenir, s’engouffrant entre les conifères avec un murmure qui ressemble parfois à une voix. Il y a des histoires, bien sûr, mais ces sentiers ne sont pas dangereux en eux-mêmes. Pas plus qu’une forêt n’est mauvaise. Ils sont juste anciens. Ils existaient déjà avant les premiers colons, traçant des chemins là où d’autres passages avaient déjà été empruntés, par des hommes ... ou autre chose.

 

Le bois de Widow’s Hollow :

 

Une forêt ancienne au nord-est de Loon Village, où on trouve des arbres morts encore debout, des clairières circulaires trop régulières et des empilements de pierres sans origine connue. Deux sentiers de randonnée, parfaitement balisés, parcourent le bois de Widow’s Hollow, praticables à pied ou en vélo et adaptés aux enfants comme aux familles. Ce sont des chemins panoramiques qui conduisent à Old Town pour rejoindre des parcours qui permettent de s’aventurer dans des espaces verts en périphérie de la ville. Un troisième layon, dissimulé derrière un enchevêtrement de ronces et d'érables tordus, s’enfonce profondément dans le bois, avant de disparaitre. Si nul ne sait réellement où il conduit, la légende raconte qu'il permettrait de rejoindre un orphelinat abandonné. D'autres affirment avoir découvert d'étranges messages gravés sur des rochers alentours : "Aide tes parents", "Quand le travail s'arrête, les valeurs déclinent", "La prospérité suit la serviabilité" ... mais tous remonteraient à l’époque de la Grande Dépression et sont depuis tombés dans l'oubli.

 

La scierie Wainwright & Sons :

 

Au sud de Loon Village, le long de la voie ferrée en ballast abandonnée qui s'étire jusqu'à Old Town, se dresse la scierie Wainwright & Sons, fondée en 1889, aujourd’hui à moitié silencieuse. Elle occupe une clairière artificielle, taillée à même la forêt. Dans les années 60, on entendait encore le cri aigu des scies circulaires depuis le centre-ville, les chaînes, les chocs sourds des billes tombant sur les rails. Puis, à compter de 1981, le vacarme a progressivement laissé la place à un silence inquiétant. Les Wainwright sont installés à Loon Village depuis cinq générations. C’est une entreprise familiale dirigée par Harold WAINWRIGHT (67 ans), le père, qui refuse d’admettre que la scierie risque l’effondrement, son épouse Maggie (47 ans), qui cherche à maintenir l’ordre parmi la dizaine d’ouvriers encore présents, et leur fils Dan (23 ans), de retour après un passage à Portland, qui veut sauver ce qui peut l’être encore, possiblement en vendant.

 

Le vieux réservoir d’eau :

 

Le vieux réservoir d’eau fait partie du paysage local, comme dans beaucoup d’endroits des États-Unis. Celui qui surplombe Loon Village a été installé après une terrible sécheresse, dans les années 30, pendant laquelle de sévères restrictions d’eau furent imposées à la population. Aujourd’hui, la citerne n’est plus entretenue et la plupart des pièces sont rouillées. Depuis peu, plusieurs citoyens ont lancé une collecte destinée à recueillir les fonds nécessaires à sa rénovation.

 

La grange désaffectée :

 

Située au sud-ouest de Loon Village, au bout d’un chemin de terre rarement emprunté, derrière un ancien champ de luzerne désormais envahi par les broussailles, se tient une grange rouge délavée, à la peinture écaillée jusqu’au bois gris. Elle appartenait à la famille FARRELL depuis trois générations. Le toit est à affaissé d’un côté, avec une partie en tôle ondulée qui claque au vent, lequel produit parfois un gémissement régulier, presque organique. Une unique porte coulissante est coincée, à moitié ouverte. Deux silos rouillés sont encore debout derrière la structure, cependant que le champ tout autour est envahi de mauvaises herbes et de jeunes bouleaux.

 

La grotte oubliée :

 

Au sud-ouest de Loon Village, non loin de la grange abandonnée des FARRELL, là où le sous-sol regorge de galeries, naturelles ou non, il n’est pas rare de découvrir en s’écartant des chemins balisés une ancienne galerie minière oubliée ou une caverne mise au jour suite à un glissement de terrain. Le plus souvent à semi émergée et dangereuse, à forcerie lorsque des hivers particulièrement rudes provoquent la submersion des berges, la présente grotte devient accessible chaque été, lorsque la Coldwater se tarie progressivement pour laisser la place à un modeste ruisseau.

 

Le bus abandonné :

 

Le long de la Sunkhaze Meadows, à quelques centaines de mètres du pont de granit qui marque la sortie de Loon Village, on peut découvrir l’épave d’un vieux bus scolaire des années 1950 grignotée par la rouille et les ronces. Et si certains enfants s’amusent à se faire peur en prétendant que ce véhicule a échoué ici suite à un tragique accident, il n’en est rien. S’il a été mis au rebut, c’est parce que les habitants ont préféré s’en "débarrasser", comptant sur Old Town pour financer l’acquisition d’un nouveau bus. Ce repaire possède un certain cachet et un confort dont sont souvent dépourvues les autres cachettes. Qu’il pleuve ou qu’il neige, la carcasse métallique est un abri sûr et, une fois ses portes de métal et de verre fermées, nulle menace ne peut y pénétrer. Les plus observateurs finiront par découvrir deux marques gravées dans la tôle rouillée ; les initiales "TB", comme pour marquer un ancien.

 

L’orphelinat Saint-Joseph :

 

Au cœur du bois de Widow’s Hollow, tout au bout d’un ancien sentier pédestre à présent dissimulé derrière un enchevêtrement de ronces et de jeunes érables tordus, trajet réservé aux randonneurs aguerris, obstinés, ou franchement inconscients, se dresse un triste bâtiment rectangulaire sur trois étages, dont l’ossature en bois est franchement délabrée. Jamais détruit, jamais vraiment pillé, l’établissement est fermé officiellement depuis 1968, après que la ville d’Old Town a centralisé les services sociaux et que la plupart des orphelinats ont été remplacés par un système de familles d'accueil amélioré et des agences d'adoption privées. Désaffectés depuis des années, les lieux portent les stigmates d'une lente décomposition. Le silence y est total, à peine troublé par le craquement d'une branche ou le sifflement du vent. Un ancien terre-plein de gravier étouffé par les ronces servait autrefois de parking, là où les visiteurs stationnaient leurs véhicules avant de franchir le seuil. De nombreuses fenêtres sont murées, l’ancienne cour de récréation est envahie par les ronces et une cloche rouillée trône au-dessus de l’entrée … on murmure qu’elle tinte parfois, y compris lorsqu’il n’y a pas de vent. 

 

Le lac Upper Unknown :

 

Le lac situé non loin de Loon Village, à environ 3 km à vol d’oiseau, est l’un de ces lieux paisibles où les familles aiment se retrouver lorsque viennent les beaux jours. Niché dans un écrin de verdure, il offre un cadre naturel propice à la détente et aux moments partagés. On peut y accéder toute l’année, à pied ou en véhicules motorisés, en empruntant un chemin de terre aménagé d’un peu moins de 4 km, dont le parcours agréable traverse bois et clairières. D’une superficie d’environ 17 hectares, soit 300 m sur 700, c’est l’endroit idéal pour la baignade et la pêche à la ligne, activités très prisées par les habitants des environs. L’été venu, nombreux sont ceux qui viennent y passer la journée pour pique-niquer, profiter du soleil ou simplement se reposer au bord de l’eau, bercés par le calme ambiant. Depuis quatre ans maintenant, du début du printemps jusqu’à la fin de l’été, un voile de brume se forme au-dessus de l'eau au petit matin, enveloppant les lieux d’une atmosphère presque mystérieuse. Cette brume légère, qui se dissipe lentement en milieu de journée, confère au paysage une beauté particulière, attirant les amateurs de photographie autant que les promeneurs en quête de sérénité.

 

Le camping :

 

Un modeste camping est niché sur la rive, presque en face du majestueux Alderwood Grand Hotel, dont les chambres sont réservées à une clientèle bien plus fortunée et exigeante originaire de Boston ou de New York. Tenu depuis une petite dizaine d’années par Robert et Julie COX et leur fille Suzie, il offre une parenthèse authentique, entre forêts de pins, feux de camp au crépuscule et matinées brumeuses sur l’eau. Des emplacements simples et ombragés, une ambiance conviviale et le calme du Nord-Est américain en font un point de chute idéal pour les amoureux des grands espaces et les randonneurs aguerris. Le terrain s’étire doucement en arc de cercle le long de la rive, là où les pins descendent presque jusqu’à l’eau. Quelques tables de pique-nique usées par les saisons, un petit ponton de bois un peu de travers et une vieille cabane servant d’accueil composent l’essentiel des installations. Rien de luxueux, mais tout le nécessaire pour ceux qui viennent chercher le silence, l’odeur de la résine et le crépitement des flammes au fond d’un foyer de pierre. Robert Cox s’occupe surtout de l’entretien du terrain. C’est un homme solide, aux mains toujours tachées de terre ou de sciure, que l’on voit souvent réparer une barrière, fendre du bois ou guider un campeur vers un emplacement un peu plus isolé. Julie, plus sociable, gère les arrivées et les réservations depuis le petit bureau installé dans la cabane principale. Elle connaît les sentiers des alentours par cœur et n’hésite jamais à tracer sur une carte les meilleurs chemins pour atteindre un point de vue sur les collines. Enfin, Suzie, leur fille, a presque toujours vécu au bord du lac. On la croise souvent au petit matin, pieds nus dans l’herbe humide, ou pagayant lentement dans un vieux canoë vert. Le soir venu, quand les feux de camp commencent à briller entre les arbres, les campeurs lèvent parfois les yeux vers l’autre rive. Là-bas, les façades blanches de l’hôtel dominent le lac, éclairées par quelques lumières dorées qui se reflètent sur l’eau sombre. De cette distance, l’endroit ressemble à une carte postale, mais il arrive certains soirs, par des nuits très calmes, que le vent transporte les sons plus loin qu’on ne l’imagine et qu’on entende des bruits qui ne ressemblent ni à de la musique, ni aux conversations des clients de l’hôtel.

 

L’Alderwood Grand Hotel :

 

Situé au bord du lac Upper Unknown, l’Alderwood Grand Hotel est un grand bâtiment colonial blanc aux toits rouges, avec trois petites tours élégantes et une imposante véranda tournée vers l’eau. Les matinées d’été sentent le pin chauffé par le soleil, le café qui s’échappe de la cuisine et le clapotis du lac contre le ponton. Les propriétaires, un couple d’une cinquantaine d’années, accueillent chaque client avec un sourire chaleureux. Arthur WHITMORE, un homme calme et réfléchi toujours vêtu d’un blazer clair même en plein été, est un ancien comptable de Boston qui a racheté l’hôtel en 1978. Il parle peu, mais observe beaucoup. De son côté, son épouse Margaret est une femme chaleureuse et souriante, qui s’occupe de l’accueil et de l’organisation du personnel. Toujours élégante dans ses robes fleuries, elle connaît le nom de presque tous les visiteurs réguliers, à qui elle propose une part de tarte aux myrtilles en parlant du lever de soleil sur le lac ou des sentiers de promenade. Dans la région, on les considère comme des gens respectables et discrets. Ils ont rénové le bâtiment dès leur arrivée et ont presque aussitôt attiré une nouvelle clientèle originaire de Boston ou de New York. Le parc, autrefois envahi par les ronces et les herbes hautes, est redevenu un lieu paisible. Des allées de gravier serpentent entre les grands pins et les vieux érables, menant à quelques bancs de bois tournés vers le lac. En fin d’après-midi, les clients s’y promènent lentement, un livre à la main ou une tasse de thé posée sur l’accoudoir, pendant que la lumière dorée descend sur l’eau. Ils ont aussi fait restaurer le ponton et la petite remise à bateaux. L’été, quelques canoës y sont amarrés, prêts pour les visiteurs qui souhaitent s’aventurer sur l’eau, quand la surface est parfaitement lisse et que la brume flotte encore entre les collines. Les chambres ont été repeintes dans des couleurs claires, les tapis remplacés, et la grande véranda est redevenue le cœur de la vie sociale où sont servis tous les repas. La lumière entre largement par les grandes baies vitrées et se reflète sur les lattes blanches du plancher, tandis que les journaux locaux circulent de table en table et que les tasses tintent doucement contre les soucoupes. Les matinées y ont quelque chose d’intemporel, si bien que pendant quelques heures, tout semble simple : le soleil sur l’eau, le murmure des conversations, le grincement tranquille du vieux bâtiment qui s’éveille. Puis la journée avance, et le temps qui passe reprend peu à peu ses droits.

 

Les terres fiduciaires des Passamaquoddy : 

 

Les Passamaquoddys ont été chassés de leurs propres terres cultivables (à la frontière qui sépare le Nouveau-Brunswick au Canada, et le Maine, aux États-Unis) par les colons européens dès l'arrivée de ces derniers. Suite à l'accord sur les revendications territoriales signé au XVIIe siècle, la tribu a pu acquérir des parcelles de terre, mais les réserves ont été peu à peu abandonnées au profit de localités industrielles du Connecticut et du Massachusetts, jugées plus dynamiques … ainsi qu’un vaste programme d’acquisition conduit par le Département de l’Énergie, qui a occasionné de nombreux transferts juridiques opaques. La population avoisine les 2 500 individus, mais seulement 500, tous âgés de plus de 50 ans, parlent leur langue. Il n'y a plus de Passamaquoddys de souche, à la suite du grand nombre de mariages interethniques ayant eu lieu depuis le XVIIe siècle, et une large partie de la population a été assimilée, si bien que plus aucune famille n'a de mode de vie traditionnel. Pourtant, malgré cette occidentalisation, une bonne partie du folklore et de la mythologie est toujours connue de la population locale. Les familles sont regroupées dans de petits hameaux de maisons individuelles en bois semblables à celles des cités rurales du Maine. On trouve également des maisons préfabriquées et quelques rares immeubles à logements. Beaucoup combinent pratiques culturelles traditionnelles avec des activités économiques modernes : emplois locaux, artisanat, petites entreprises et participation à l’économie régionale (exploitation de produits forestiers, tourisme culturel, artisanat), mais le niveau de pauvreté reste élevé. De manière générale, les visiteurs seront bien accueillis, mais les curieux, surtout s’ils s’intéressent aux affaires locales, seront poliment reconduits à la frontière par les agents du Bureau des affaires indiennes.

 

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