Le bois de Widow’s Hollow :
Forêt ancienne où on trouve des arbres morts encore debout, des clairières circulaires trop régulières et des empilements de pierres sans origine connue. Deux sentiers de randonnée, parfaitement balisés, parcourent le bois de Widow’s Hollow, praticables à pied ou en vélo et adaptés aux enfants comme aux familles. Ce sont des sentiers panoramiques qui conduisent à Old Town pour rejoindre des parcours qui permettent de s’aventurer dans des espaces verts en périphérie de la ville. Un troisième sentier, dissimulé derrière un enchevêtrement de ronces et de jeunes érables tordus, s’enfonce dans le bois, avant de disparaitre. Nul ne sait où il conduit et ceux qui s’y sont essayé sont tous revenus en affirmant que le terrain est rapidement escarpé et réservé à des randonneurs aguerris. La légende raconte que ledit chemin conduit jusqu’à un orphelinat fermé officiellement en 1968, lorsque la ville d’Old Town a centralisé l'ensemble de ses services sociaux. Certains affirment avoir découvert une dizaine d'étranges messages gravés sur des rochers alentours : "Aide tes parents", "Quand le travail s'arrête, les valeurs déclinent", "La prospérité suit la serviabilité" ... mais la légende remonte à l’époque de la Grande Dépression et est depuis tombée dans l'oubli.
L’ancienne voie ferrée :
Une ancienne voie ferrée en ballast qui part d’Old Town et passe au sud de Loon Village pour rejoindre les terres tribales de la tribu des Passamaquoddy en contournant le lac Upper Unknown. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, ce chemin de fer servait à transporter hommes et marchandises. Et si le trafic a progressivement diminué partir de 1909, la voie ferrée est restée, tout comme certains esprits semble-t-il. En effet, il n’est pas rare que le long du sentier sinueux qui s'enfonce dans des bois alentours, on entende des bruits étranges et des sons métalliques qui semblent provenir de nulle part ...
La rivière souterraine Coldwater :
Sombre, lente, très froide même l’été, elle traverse Loon Village après avoir jailli d’une large ouverture creusée dans le flanc du relief qui domine la commune, traversée par l’unique pont routier de granit capable de supporter le passage de véhicules motorisés, ainsi qu’une robuste passerelle en bois qui mène à l’ancien cimetière municipale. Certains printemps qui suivent des hivers particulièrement rudes, des crues liées à la fonte des neiges, conjuguées à des précipitations importantes, provoquent la submersion des berges et l’unique accès au cimetière Saint-Abraham. Depuis quatre ans environ (1979), elle se tarie progressivement à l'approche de l'été, pour laisser la place à un modeste ruisseau ; un phénomène spectaculaire et encore inexpliqué que les habitants se gardent bien d’évoquer, de peur d’attirer les scientifiques et autres "experts" de tout le pays …
Les sentiers pédestres :
Si les sentiers de Loon Village figurent bien sur les cartes officielles, on les devine plutôt qu’on ne les voit, fines cicatrices brunâtres qui s’enfoncent dans forêts alentours. Ils serpentent entre les érables et les pins blancs, longent des murets de pierre écroulés, traversent des clairières où l’herbe pousse trop haute, comme si personne n’osait la couper. On dit qu’ils mènent jusqu’à Old Town, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest, si l’on suit bien les marques effacées sur les troncs — deux bandes de peinture parallèles, bleue et blanche, souvent presque invisibles. Cinquante kilomètres, ce n’est rien sur une carte. Mais dans ces bois, la distance se dilate, les sons s’y déforment. Un craquement peut être un écureuil … ou tout autre chose. Le vent s’y lève sans prévenir, s’engouffrant entre les conifères avec un murmure qui ressemble parfois à une voix. Il y a des histoires, bien sûr, mais ces sentiers ne sont pas dangereux en eux-mêmes. Pas plus qu’une forêt n’est mauvaise. Ils sont juste anciens. Ils existaient déjà avant les premiers colons, traçant des chemins là où d’autres passages avaient déjà été empruntés, par des hommes ... ou autre chose.
L’église méthodiste :
Située à mi-chemin entre le Drugstore et l’unique école de la ville, c’est une petite église rurale typique, blanche avec clocher effilé. Rénovée dans les années 20 suite à un incendie dévastateur dont les causes n’ont jamais été établies, le bois semble plus neuf que son âge. Le révérend Erwin MILLER, un sexagénaire à l’allure austère, y tient office. C’est la rigueur faite homme. Ses sermons sont souvent sévères, mais il est persuadé d’être un bon berger pour les brebis en péril qu’il guide de son mieux.
L’ancien cimetière municipale Saint-Abraham :
Du nom du mont Abraham, une montagne de 1 230 mètres (4 050 pieds) située dans le comté de Franklin, dans le Maine. C’est la partie abandonnée de l'ancien cimetière municipal, depuis déplacé à Old Town. Des dizaines de pierres tombales du XIXe siècle, inclinées et mangées de lichens, sont érigées là ; certaines plus anciennes, d’avant la guerre de Sécession, d’autres sans nom. On y trouve même un mausolée verrouillé depuis 1931 qui n’apparait dans aucun registre officiel. Les plus anciens prétendent que des lumières se déplacent entre les stèles lors des hivers les plus rudes.
Loon Village Middle School :
Un imposant bâtiment des années 50 à l’allure massive et sévère, en briques fatiguées, avec de grandes rangées de fenêtres identiques et jaunies par le temps, une large cour asphaltée et un imposant terrain de sport. À l'intérieur se succèdent de longs couloirs austères baignés d'une lumière froide, aux murs pâlis qui sentent la craie et l’humidité et aux radiateurs en fonte qui claquent doucement en hiver. On y perçoit un mélange de discipline et de vie quotidienne : brouhaha, sonnerie métallique et salles de classe remplies de pupitres marqués par des générations d’élèves. Le lieu regroupe les enfants de moins de 6 ans (Kindergarten et grades de 1 à 5, soit environ 220 élèves) jusqu’à leur entrée au Lycée (Elementary School - 110 élèves). L'enseignement secondaire est en effet divisé en deux cycles : la Middle School s'adresse aux 12-14 ans (grades 6 à 8), et laisse ensuite la place à la High School, qui s'adresse aux 14-18 ans (grades 9 à 12 - 140 élèves). Cette dernière est basée à Old Town, si bien que les étudiants s’y rendent grâce à un dispositif de ramassage scolaire efficace et fiable (exception faite de certaines crues hivernales qui coupent parfois la communauté du reste du monde pendant plusieurs jours).
La bibliothèque municipale :
Un bâtiment discret le long de la Sunkhaze Meadows, presque anonyme, sous la responsabilité de Margaret ANDREW, la mère du jeune Mark. On y trouve divers ouvrages, romans ou recueils de nouvelles, essentiellement d’auteurs américains plus ou moins récents, mais aussi des BD, des magazines et des revues sur la chasse, la pêche ou la cueillette de plantes et autres champignons, l’observation des oiseaux … et des journaux d’actualités, dont les plus anciens relatent des faits divers oubliés. Chaque emprunt est consigné sur une carte glissée dans la couverture de l’ouvrage concerné, avec les dates de retour inscrites au crayon à papier. En cherchant bien, il est très certainement possible de mettre la main sur des livres plus ou moins récents à propos des légendes et des mythes fantastiques de la région.
La salle communale :
Une construction en bois simple, peinte en blanc et gris clair, avec un toit à deux pentes couvertes de bardeaux sombre, entretenu par la communauté pour servir à la fois de lieu administratif et de centre social pour les habitants. La peinture est parfois un peu écaillée, les chaises grincent, mais le lieu représente le cœur civique du village. Lorsqu’elle n’est pas utilisée pour la politique locale, la salle sert à toute la vie communautaire ; lieu de projection pour les films scolaires et les réunions de jeunesse, réunions de clubs locaux, fêtes nationales ou de fin d’année ...
Le Drugstore :
Avec sa façade modeste et son enseigne un peu passée, l'unique Drugstore de Loon Village fournit toue la population locale, ainsi que les touristes de passage, en matériel de bricolage, de chasse et de pêche, mais aussi en vêtements, médicaments en vente libre et divers articles alimentaires de première nécessité. C'est ainsi qu'on y trouve aussi bien des boîtes de conserve que des bottes en caoutchouc, des appâts pour la pêche, des lampes-tempête ou encore des produits ménagers. Comme dans beaucoup de petites villes, le lieu fait un peu office de commerce polyvalent : on y passe pour acheter quelque chose, mais aussi pour échanger des nouvelles. La propriétaire et gérante, Samantha LANGMAN, fait partie des personnalités locales les plus appréciées. Le magasin fait face à l’unique école de la ville et jouxte une petite place anonyme que tout le monde appelle "place du drugstore". Il y avait autrefois un second General Store à Loon Village, mais il aurait été détruit dans les années 50 par un incendie aussi mystérieux que dévastateur.
Le Moody’s :
Un modeste diner situé près de la bibliothèque, véritable centre nerveux de Loon Village. Ce restaurant, ouvert de 6 heures du matin à 22 heures, offre à ses clients des repas typiquement américains, du breakfast au lunch. Le patron, un certain Robert BURKE, est un intarissable bavard qui accueille ses clients comme s’ils étaient des amis (et c’est souvent le cas), tandis que son épouse Nelly veille, telle une sentinelle, à ce que personne ne manque de rien (y compris de son épouvantable café). Aux heures de pointe (c’est-à-dire le matin de bonne heure), une ou deux serveuses viennent leur prêter main-forte. La plupart du temps, il s’agit de jeunes gens désireux de se faire un petit pécule, souvent pour financer leur première voiture. Mais il arrive que leur fille aînée, la jeune et folie Kelly, les rejoignent. Dans un coin de la salle, un vieux juke-box fait la joie des amateurs de musique ... pour peu qu’on ait les mêmes goûts que les propriétaires !
La garage / station-service Gulf Oil :
Situé à l’extrémité sud-ouest du centre-ville, c'est un bâtiment bas, rectangulaire, en béton blanc, avec trois larges portes coulissantes qui donnent directement sur la rue et des pompes à essence. Une enseigne indique une station de lavage. L’actuel propriétaire n’est autre que Thomas ANDREW, le père de Mark. À l’intérieur, l’odeur d’huile et d’essence se mêle au bruit d’une radio diffusant du rock ou de la country, tandis que des outils usés, des calendriers publicitaires et des affiches de voitures tapissent les murs. Devant le garage, quelques berlines attendent patiemment leur tour, témoignant d’un lieu autant social que fonctionnel.
Le Loon's motel :
Le Loons' Motel est un établissement familial situé au sud du centre-ville de la petite bourgade, en direction de l’ancienne voie de chemin de fer aujourd’hui abandonnée. Le bâtiment, bas et allongé, forme un U autour d’un petit parking de gravier où s’alignent une dizaine de places. L’enseigne lumineuse, représentant un plongeon huard stylisé, grésille parfois la nuit mais reste visible de loin sur la route départementale. Il appartient à Harold et Margaret BARRON, un couple discret installé dans la région depuis trois générations. Harold, ancien mécanicien, s’occupe lui-même de la plupart des réparations : plomberie capricieuse, climatiseurs muraux vieillissants ou l’enseigne électrique qui refuse parfois de s’allumer le soir venu. On le voit souvent traîner sa boîte à outils derrière le bâtiment ou bricoler sous le porche, en dessous des chambres. Margaret gère la réception et tient les comptes dans un grand registre relié de cuir posé derrière le comptoir. Elle accueille les clients avec une politesse mesurée, pose peu de questions et semble posséder une mémoire remarquable des visages de passage. Les habitués disent qu’elle peut se souvenir d’un client venu une seule fois plusieurs années auparavant.
Leur nièce, Clara (21 ans), étudiante à Old Town, assure les permanences d’été. Plus bavarde que ses oncle et tante, elle s’occupe des arrivées tardives, répond au téléphone et donne volontiers des indications aux voyageurs égarés. Sa présence apporte un peu d’animation pendant la saison touristique. Enfin, deux employées locales, Sophia DIAZ (19 ans) et Charlotte RIVERA (23 ans), s’occupent du ménage des chambres. On les croise parfois tôt le matin, poussant leur chariot le long de la galerie extérieure. Connues pour leur efficacité et leur silence, elles travaillent rapidement et parlent peu, même avec les clients.
Le LOON’S MOTEL est un simple point d’étape pour les voyageurs. Mais pour ceux qui restent un peu trop longtemps, il paraît que le silence des collines environnantes devient … attentif.
Extérieur :
Construit dans le milieu des années 1960 et légèrement modernisé à la toute fin des années 1970 (enseigne néon, climatisation dans toutes les chambres, télévision câblée), il conserve une architecture typique : deux niveaux en galerie extérieure, parking en U, bureau d’accueil vitré donnant sur la chaussée. Le soir, le néon rouge « VACANCY » se reflète sur l’asphalte humide, visible à plusieurs kilomètres.
La scierie Wainwright & Sons :
Au sud de Loon Village, le long de la voie ferrée abandonnée qui s'étire jusqu'à Old Town, se dresse dans une clairière artificielle, taillée à même la forêt, la scierie Wainwright & Sons, aujourd’hui à moitié silencieuse ; un hangar principal lugubre en bois peint autrefois en rouge, un parc à grumes où sont empilés des troncs grisâtres, certains marqués à la craie depuis des mois et un bureau administratif aux vitres opaques et jaunies par l’humidité et la nicotine. Le sol est un mélange compacté de sciure, de boue et d’huile moteur. Dans les années 60, on entendait encore le cri aigu des scies circulaires depuis le centre-ville, les chaînes, les chocs sourds des billes tombant sur les rails. Puis, à compter de 1981, le vacarme a progressivement laissé la place à un silence inquiétant.
Le bus abandonné :
Le long de la Sunkhaze Meadows, à quelques centaines de mètres du pont de granit qui marque la sortie de Loon Village, on peut découvrir l’épave d’un vieux bus scolaire des années 1950 grignotée par la rouille et les ronces. Et si certains enfants s’amusent à se faire peur en prétendant que ce véhicule a échoué ici suite à un tragique accident, il n’en est rien. S’il a été mis au rebut, c’est parce que les habitants ont préféré s’en « débarrasser », comptant sur Old Town pour financer l’acquisition d’un nouveau bus. Ce repaire possède un certain cachet et un confort dont sont souvent dépourvues les autres cachettes. Qu’il pleuve ou qu’il neige, la carcasse métallique est un abri sûr et, une fois ses portes de métal et de verre fermées, nulle menace ne peut y pénétrer. Les plus observateurs finiront par découvrir deux marques gravées dans la tôle rouillée ; les initiales « TB », comme pour marquer un ancien
Rumeur :
Une fois, en plein hiver, le bus a été retrouvé anormalement chaud au toucher. Pas tiède, mais véritablement chaud, comme s’il avait roulé toute la nuit ou abrité une source de chaleur invisible.
Le lac Upper Unknown :
Le lac situé non loin de Loon Village, à environ 3 km à vol d’oiseau, est l’un de ces lieux paisibles où les familles aiment se retrouver lorsque viennent les beaux jours. Niché dans un écrin de verdure, il offre un cadre naturel propice à la détente et aux moments partagés. On peut y accéder toute l’année, à pied ou en véhicules motorisés, en empruntant un chemin de terre aménagé d’un peu moins de 4 km, dont le parcours agréable traverse bois et clairières. D’une superficie d’environ 17 hectares, soit 300 m sur 700, c’est l’endroit idéal pour la baignade et la pêche à la ligne, activités très prisées par les habitants des environs. L’été venu, nombreux sont ceux qui viennent y passer la journée pour pique-niquer, profiter du soleil ou simplement se reposer au bord de l’eau, bercés par le calme ambiant.
Depuis quatre ans maintenant, du début du printemps jusqu’à la fin de l’été, un voile de brume se forme au-dessus de l'eau au petit matin, enveloppant les lieux d’une atmosphère presque mystérieuse. Cette brume légère, qui se dissipe lentement en milieu de journée, confère au paysage une beauté particulière, attirant les amateurs de photographie autant que les promeneurs en quête de sérénité.
(01) Le camping :
Un modeste camping est niché sur la rive, presque en face du majestueux Alderwood Grand Hotel, dont les chambres sont réservées à une clientèle bien plus fortunée et exigeante originaire de Boston ou de New York. Tenu depuis une petite dizaine d’années par Robert et Julie COX et leur fille Suzie, il offre une parenthèse authentique, entre forêts de pins, feux de camp au crépuscule et matinées brumeuses sur l’eau. Des emplacements simples et ombragés, une ambiance conviviale et le calme du Nord-Est américain en font un point de chute idéal pour les amoureux des grands espaces et les randonneurs aguerris.
Le terrain s’étire doucement en arc de cercle le long de la rive, là où les pins descendent presque jusqu’à l’eau. Quelques tables de pique-nique usées par les saisons, un petit ponton de bois un peu de travers et une vieille cabane servant d’accueil composent l’essentiel des installations. Rien de luxueux, mais tout le nécessaire pour ceux qui viennent chercher le silence, l’odeur de la résine et le crépitement des flammes au fond d’un foyer de pierre. Robert Cox s’occupe surtout de l’entretien du terrain. C’est un homme solide, aux mains toujours tachées de terre ou de sciure, que l’on voit souvent réparer une barrière, fendre du bois ou guider un campeur vers un emplacement un peu plus isolé. Julie, plus sociable, gère les arrivées et les réservations depuis le petit bureau installé dans la cabane principale. Elle connaît les sentiers des alentours par cœur et n’hésite jamais à tracer sur une carte les meilleurs chemins pour atteindre un point de vue sur les collines. Enfin, Suzie, leur fille, a presque toujours vécu au bord du lac. On la croise souvent au petit matin, pieds nus dans l’herbe humide, ou pagayant lentement dans un vieux canoë vert.
Le soir venu, quand les feux de camp commencent à briller entre les arbres, les campeurs lèvent parfois les yeux vers l’autre rive. Là-bas, les façades blanches de l’hôtel dominent le lac, éclairées par quelques lumières dorées qui se reflètent sur l’eau sombre. De cette distance, l’endroit ressemble à une carte postale, mais il arrive certains soirs, par des nuits très calmes, que le vent transporte les sons plus loin qu’on ne l’imagine et qu’on entende des bruits qui ne ressemblent ni à de la musique, ni aux conversations des clients de l’hôtel.
(02) L’Alderwood Grand Hotel :
Situé au bord du lac Upper Unknown, l’Alderwood Grand Hotel est un grand bâtiment colonial blanc aux toits rouges, avec trois petites tours élégantes et une imposante véranda tournée vers l’eau. Les matinées d’été sentent le pin chauffé par le soleil, le café qui s’échappe de la cuisine et le clapotis du lac contre le ponton.
Les propriétaires, un couple d’une cinquantaine d’années, accueillent chaque client avec un sourire chaleureux. Arthur WHITMORE, un homme calme et réfléchi toujours vêtu d’un blazer clair même en plein été, est un ancien comptable de Boston qui a racheté l’hôtel en 1978. Il parle peu, mais observe beaucoup. De son côté, son épouse Margaret est une femme chaleureuse et souriante, qui s’occupe de l’accueil et de l’organisation du personnel. Toujours élégante dans ses robes fleuries, elle connaît le nom de presque tous les visiteurs réguliers, à qui elle propose une part de tarte aux myrtilles en parlant du lever de soleil sur le lac ou des sentiers de promenade. Dans la région, on les considère comme des gens respectables et discrets.
Ils ont rénové le bâtiment dès leur arrivée et ont presque aussitôt attiré une nouvelle clientèle originaire de Boston ou de New York. Le parc, autrefois envahi par les ronces et les herbes hautes, est redevenu un lieu paisible. Des allées de gravier serpentent entre les grands pins et les vieux érables, menant à quelques bancs de bois tournés vers le lac. En fin d’après-midi, les clients s’y promènent lentement, un livre à la main ou une tasse de thé posée sur l’accoudoir, pendant que la lumière dorée descend sur l’eau. Ils ont aussi fait restaurer le ponton et la petite remise à bateaux. L’été, quelques canoës y sont amarrés, prêts pour les visiteurs qui souhaitent s’aventurer sur l’eau, quand la surface est parfaitement lisse et que la brume flotte encore entre les collines.
Les chambres ont été repeintes dans des couleurs claires, les tapis remplacés, et la grande véranda est redevenue le cœur de la vie sociale où sont servis tous les repas. La lumière entre largement par les grandes baies vitrées et se reflète sur les lattes blanches du plancher, tandis que les journaux locaux circulent de table en table et que les tasses tintent doucement contre les soucoupes. Les matinées y ont quelque chose d’intemporel, si bien que pendant quelques heures, tout semble simple : le soleil sur l’eau, le murmure des conversations, le grincement tranquille du vieux bâtiment qui s’éveille. Puis la journée avance, et le temps qui passe reprend peu à peu ses droits.
Extérieur :
Le bâtiment est construit en bois peint, d’un blanc légèrement jauni par les années. La façade côté lac est la plus impressionnante. Une longue véranda couverte court sur toute la largeur du bâtiment. Des colonnes blanches épaisses soutiennent la toiture, où pendent de vieilles lampes rondes en verre dépoli. Au bout de la pelouse parfaitement entretenue se trouve un ponton en bois, où les clients louent des barques ou regardent le soleil se coucher. De jour, l’hôtel est chaleureux et paisible. Les enfants courent sur la pelouse, les barques glissent sur le lac et le personnel s’affaire dans une atmosphère presque familiale. Mais quand la nuit tombe, que la forêt devient noire et que le lac se transforme en miroir sombre, la bâtisse semble soudain beaucoup plus grande que pendant la journée.
Les terres fiduciaires des Passamaquoddy :
Les Passamaquoddys ont été chassés de leurs propres terres cultivables (à la frontière qui sépare le Nouveau-Brunswick au Canada, et le Maine, aux États-Unis) par les colons européens dès l'arrivée de ces derniers. Suite à l'accord sur les revendications territoriales signé au XVIIe siècle, la tribu a pu acquérir des parcelles de terre, mais les réserves ont été peu à peu abandonnées au profit de localités industrielles du Connecticut et du Massachusetts, jugées plus dynamiques … ainsi qu’un vaste programme d’acquisition conduit par le Département de l’Énergie, qui a occasionné de nombreux transferts juridiques opaques.
La population avoisine les 2 500 individus, mais seulement 500, tous âgés de plus de 50 ans, parlent leur langue. Il n'y a plus de Passamaquoddys de souche, à la suite du grand nombre de mariages interethniques ayant eu lieu depuis le XVIIe siècle, et une large partie de la population a été assimilée, si bien que plus aucune famille n'a de mode de vie traditionnel. Pourtant, malgré cette occidentalisation, une bonne partie du folklore et de la mythologie est toujours connue de la population locale.
Les familles sont regroupées dans de petits hameaux de maisons individuelles en bois semblables à celles des cités rurales du Maine. On trouve également des maisons préfabriquées et quelques rares immeubles à logements. Beaucoup combinent pratiques culturelles traditionnelles avec des activités économiques modernes : emplois locaux, artisanat, petites entreprises et participation à l’économie régionale (exploitation de produits forestiers, tourisme culturel, artisanat), mais le niveau de pauvreté reste élevé. De manière générale, les visiteurs seront bien accueillis, mais les curieux, surtout s’ils s’intéressent aux affaires locales, seront poliment reconduits à la frontière par les agents du Bureau des affaires indiennes.
Extérieur :
Maisons de bois, mobile homes, champs de bleuets. Atmosphère digne mais réservée. Les anciens parlent encore la langue. Les visiteurs sont bien reçus, tant qu’ils restent respectueux. Certains mythes locaux évoquent des esprits liés à l’eau et aux forêts, tous plus anciens que la fondation de Loon Village.